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"La réforme du congé parental va dans le bon sens mais est peu incitative"

Publie le 26 Septembre 2013 21:33

congé parental : point de vue d'un père

Le congé parental s'adresse aussi bien au père que pour la mère de l'enfant. Aujourd'hui, un père de famille témoigne sur son congé parental mais aussi sur la réforme à venir. Julien, est père de 2 petits garçons de 26 et 3 mois. Il est salarié dans le privé et installé à quelques kilomètres au sud de Nantes. Blogueur depuis plus de 2 ans sur le blog http://www.pere-de-famille.fr/, il milite fermement contre les stéréotypes sexistes et pour l’égalité homme femme dans la famille comme au travail. Il nous explique ici sa vision du congé parental et son point de vue sur la réforme actuelle. 

 

Ne commencez pas votre congé parental en cours de mois !

J’ai pris un congé parental pour mon premier fils il y a 2 ans déjà. J’imagine que les procédures ont dû évoluer mais le principal piège à éviter, c’est de ne pas commencer un congé parental en cours de mois. Pour le premier enfant, le congé parental est de 6 mois maximum et si, en tant que père, vous voulez en bénéficier, je vous recommande de le commencer le 1er du mois qui succède la fin du congé maternité de votre femme. Dans le cas inverse, je parle en connaissance de cause, on vous supprimera le mois entier d’indemnisation qui n’est déjà pas mirobolant ! Pour le reste, c’est relativement simple d’un point de vue administratif. Il faut observer un délai de 1 mois auprès de l’employeur ou de 2 mois si le congé n’est pas pris immédiatement après le congé maternité. A préciser, il faut avoir 1 an d’ancienneté à la naissance de l’enfant pour en bénéficier.
 

Le congé parental actuel est flexible mais mal rémunéré

Pour ce qui est de la durée, je trouve le congé parental actuel satisfaisant, en tout cas pas trop long et suffisamment flexible. Pour ce qui est de la rémunération, je le trouve beaucoup trop coûteux. Je serais plutôt favorable à une indexation sur le salaire avec un minimum garanti. Je reproche au congé parental de ne pas être plus facile d’accès pour les hommes. Je reprends l’exemple cité ci-dessus où le père doit commencer son congé parental le premier du mois pour toucher 100 % de son indemnité alors que la mère est indemnisée pour son congé parental lorsqu’elle le prend dans la foulée du congé maternité. Au-delà de ça, j’ai le souvenir d’avoir été très mal aiguillé à la CAF avec une très faible connaissance du congé parental masculin.

Le retour de congé parental

Mon expérience personnelle est un peu particulière car je suis parti 6 mois après mon retour de congé parental. C’est un cas particulier car j’avais fait le tour de ma mission et qu’il était tant d’évoluer. Côté pro, j’ai surtout été jugé avant mon départ, les regards étaient plutôt accusateurs. Mon retour était une formalité. Si je m’étais plu dans cette boite, je pense que je serai passé les voir avec mon fils plus souvent, pour prendre des nouvelles. Le plus difficile dans le fond, c’est de laisser son enfant à la crèche ou chez la nounou. La période d’adaptation est aussi importante pour l’enfant que pour le parent. Il faut la vivre pleinement afin de prendre conscience que la séparation est inéluctable, aussi douloureuse soit elle. Ça s’est fait dans les larmes mais j’ai vite pris le pas.  Ensuite c’est une question d’organisation. Votre vie professionnelle va être cadrée le soir et le matin par ces impératifs. On peut dire que ça n’aide pas à destresser mais congé parental ou pas, ça ne change pas vraiment la donne.
 

La réforme actuelle du congé parental 

A) Les principaux points de la réforme

Le congé parental pour le premier enfant va être porté de 6 mois à 1 an avec une répartition égale entre le père et la mère.
Pour le 2ème et les suivants, la période de 3 ans est conservée sous condition que les 2 parents prennent minimum 6 mois. Autrement dit, le père pourra prendre 2,5 ans maximum et la maman les 6 mois restants. Ça marche aussi dans l’autre sens naturellement.

 

B) Une réforme qui met en exergue le rôle du père mais trop coûteuse pour les familles

Je trouve que c’est une belle évolution car elle met sur le devant de la scène sociale le rôle du père en tant que parent. Je ne suis pas pour autant persuadé que les objectifs du gouvernement de passer à 100 000 congés parentaux pris par les pères à horizon 2017 soient réalisables. L’évolution principale attendue était sur l’indemnisation du congé parental. On oublie souvent de le dire mais un congé parental coûte cher au foyer dans un moment où il a besoin de sous pour son nouvel enfant. On ne peut pas dire qu’être avec son enfant ça n’a pas de prix ! En allongeant l’accès au congé parental du double pour le premier enfant, on renonce peut être à des économies qui auraient permis de mieux le financer par ailleurs.
 

C) Une réforme qui facilite mais oublie d'inciter

Je pense que la réforme va changer le regard des proches, des employeurs, de la famille à l’annonce par le père qu’il souhaite se consacrer à son/ses enfants pendant quelques temps. Par contre, la réforme n’est pas incitative à mes yeux. Je la considère plus comme un facilitateur que comme une incitation. On incite avec une “carotte” mais la réforme n’en prévoit pas.

 

Il faudrait augmenter l'indemnisation et les places en crèches

Deux aménagements principaux sont à corréler à ce projet de réforme. Premièrement sur le niveau de rémunération comme précédemment mentionné mais aussi sur un véritable projet sur l’augmentation du nombre de places de garde pour nos enfants. Un retour au travail aux 2,5 ans de l’enfant qui, je le crains, restera majoritaire,  nécessite 6 mois de garde avant d’aller à l’école. Problème, impossible de trouver des places de garde. Si cette question a été partiellement répondue en accordant 1 an de congé parental pour le premier enfant, le problème demeure pour les suivants.
 

Un congé parental est coûteux mais je n'ai aucun regret

Bien que coûteux, je n’ai absolument aucun regret à avoir pris ce congé parental pour mon premier enfant. J’aurais aimé en consommer davantage mais notre situation financière ne m’a accordé que 2 mois, dont 1 qui n’a pas été indemnisé. Cela m’a permis de prendre conscience de mon rôle de père et de profiter pleinement de ces premiers instants de vie à 3. Malheureusement, je ne pourrai rééditer l’exploit pour le second.

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