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"Vous êtes rousse, je ne peux pas vous embaucher"

Publie le 11 Mars 2014 18:06

Marie et ses entretiens d'embaucheMarie (nom fictif pour des raisons d'anonymat), 23 ans est diplômée d'une licence LEA option traduction depuis 2011. Lâchée dans le monde du travail sans aucune expérience en recherche d'emploi, Marie a enchaîné les déceptions, désillusions, et les entretiens d'embauche particulièrement... gratinés. Elle partage ici avec nous son expérience avec des recruteurs, pas toujours scrupuleux.

"Dans l'ensemble, les questions sont les mêmes"

J'ai très franchement cessé de compter le nombre d'entretiens. J'envoie plus d'une dizaine de CVs par semaine, et le nombre de retours est très variable. En moyenne, je passe 5 entretiens physiques par mois (je ne comptabilise pas les entretiens téléphoniques sans suite).
Dans l'ensemble, les questions sont les mêmes, et ce y compris dans des domaines très différents. On m'a posé le même type de questions pour un poste de guichetière dans une banque et pour un poste d'employée libre-service dans la grande distribution.

J'ai déjà eu l'occasion de lire dans des articles que certaines questions ne sont plus du tout posées en entretien, alors que j'y ai droit à chaque fois. Il faut vraiment se préparer à tout.

J'ai appris à m'attendre à tout. Le sentiment qui revient le plus souvent est l'écoeurement. L'écoeurement, car les recruteurs posent des questions trop personnelles en sachant pertinemment que l'on doit répondre, car nous n'avons pas le choix. C'est une intrusion dans la sphère privée, alors que j'essaie de séparer un maximum vie privée et vie professionnelle.

"Vous dites ça maintenant, mais si je vous embauche, dans quelques mois vous serez en congé maternité"

Un jour, une recruteuse m'a demandé si je souhaitais avoir des enfants. Lorsque je lui ai répondu que non (et c'est la vérité, je ne réponds pas seulement "non" pour avoir le poste), elle a alors rétorqué "Vous dites ça maintenant, mais si je vous embauche, dans quelques mois vous serez en congé maternité". Sur le coup, la violence de la réponse m'a un peu surprise. Je lui ai alors demandé pourquoi est-ce qu'elle me posait la question, puisqu'elle était si sûre de la réponse. Elle m'a dit que toutes les femmes étaient pareilles. Venant d'une femme, ça surprend un peu. J'ai compris que je n'aurais pas le poste, vu la mentalité de la personne, et j'ai mis fin à l'entretien.

Les questions sur ma situation personnelle reviennent très souvent. On me demande généralement si je suis mariée ou en couple, et la personne enchaîne pour me demander si je veux des enfants. En résumé, le recruteur voit une jeune femme et se dit que je vais partir enceinte dès que je pourrai. Je suppose que ça arrive, mais je trouve ça très réducteur.

On m'a aussi, une fois, demandé mon opinion sur le mariage homosexuel. Sur le coup, j'ai clairement pensé que cette question n'avait pas sa place en entretien d'embauche.

"Une ignorance hallucinante des recruteurs envers le handicap"

Les questions sur ma santé reviennent toujours, car je bénéficie d'une RQTH (ndlr reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé) en raison d'une maladie génétique. Des questions hélas souvent accompagnées d'affirmations qui montrent une ignorance hallucinante des recruteurs envers le handicap.
Par exemple, on me demande en quoi consistent les symptômes visibles de ma maladie, pour rétorquer ensuite que je suis bonne à rien. Ce qui n'est évidemment pas le cas.

"Ca ne va pas être possible, vous avez un chat"

Un jour, alors que j'étais en plein entretien téléphonique, mon chat miaule pour monter sur mes genoux. Comme mon chat n'est pas vraiment discret, le recruteur l'a entendu et est parti en vrille : "Oh mais non, ça ne va pas être possible, vous avez un chat. Vous allez arriver au travail avec les vêtements pleins de poils et allez vous absenter pour l'emmener au vétérinaire tous les quatre matins. Non, non, ça ne va pas être possible". Et il m'a raccroché au nez.

"Un gros problème avec les rousses"

Une autre fois, je suis tombée sur un recruteur qui avait visiblement un gros problème avec les rousses. Je prends rendez-vous avec la secrétaire pour un entretien, afin d'être réceptionniste dans un hôtel. A peine arrivée, le recruteur (qui apparemment était le directeur) se met à hurler, sur sa secrétaire et sur moi : "Non mais ce n'est pas possible ça, pourquoi est-ce que vous m'amenez ça ?" ("ça", c'était moi). Il se tourne vers moi et me sort, méprisant : "regardez ces tâches, on dirait que vous vous êtes pris un seau de boue en plein visage !". Puis il est retourné dans son bureau en claquant la porte. La pauvre secrétaire ne savait pas où se mettre. Le pire, c'est que j'ai très peu de tâches de rousseur. Cet homme devait avoir un sérieux problème.

"On trouve de tout"

Je savais qu'il s'agissait de questions interdites, c'est l'une des premières choses que j'ai apprises. Mais quand, en face de soi, on a un recruteur parfaitement conscient de l'illégalité de sa démarche, qui sait que les personnes qu'il reçoit ont du mal à trouver un travail fixe, qui sait que les gens répondront pour ne pas passer pour des "emmerdeurs" et avoir le poste... il ne se gêne pas.

Certains recruteurs suivent un process défini par un supérieur et du coup, la démarche illégale ne vient pas d'eux.

On trouve de tout : des recruteurs qui posent ce genre de question uniquement pour se sentir puissants, d'autres pour voir si le candidat a un minimum de personnalité et n'est pas un mouton bêlant, et enfin certains se contentent de lire leur feuille de questions préparée à l'avance par quelqu'un d'autre.
Il est bien possible qu'ils cherchent à obtenir des informations personnelles, il est également possible qu'ils cherchent à tester le candidat. J'ai eu le cas une fois, mais le recruteur était si discret qu'on lisait en lui comme dans un livre ouvert. Ce jour là j'ai su que je devais protester, et il m'a dit qu'effectivement c'est ce qu'il attendait.

"J'ai déjà été blacklistée d'une enseigne"

Je réagis différemment selon le contexte, si ça me gêne ou non de répondre (certaines choses ne regardent pas le recruteur, mais ça ne me gêne pas de répondre par exemple), selon ma motivation pour le poste et selon le feeling avec le recruteur.
Certes, je veux travailler, mais je tiens énormément à préserver ma vie privée, qui ne regarde pas ce recruteur inconnu.

Il faut savoir avant tout qu'un recruteur apprécie rarement un refus, et il faut être capable de faire face aux conséquences. Selon le caractère de la personne, l'entretien peut vite tourner court, même si le recruteur est totalement en tort.
J'ai déjà été blacklistée d'une enseigne parce que je n'avais pas hésité à dire au recruteur que ce genre de question est illégal. Visiblement, cela ne le gênait pas trop.

Aux candidats qui se retrouvent face à ce type de questions, je n'ai qu'un seul conseil : définissez quelles sont vos priorités :
  • Ce que vous voulez, c'est travailler, à n'importe quel prix ? Alors répondez.
  • Vous souhaitez préserver votre vie privée avant tout ? Refusez de répondre. Bon, essayez d'y mettre les formes quand même, on ne sait jamais, mais refusez. Qui sait, à force d'essuyer des refus, peut-être changeront-ils de process ?

"Si je devais porter plainte à chaque fois, je ferais tourner un tribunal à moi seule"

Je n'ai jamais été spécialement calée en droit, aussi ai-je du mal à comprendre comment un recruteur peut ne pas prouver qu'il a fondé son choix sur des éléments objectifs.
Si je prends mon exemple, le recruteur peut très bien me refuser en raison de mes soucis de santé, puis dire au tribunal qu'il m'a refusée parce que je n'ai aucune expérience professionnelle et que d'autres candidats étaient plus qualifiés.

C'est insuffisant car bon nombre de candidats ne portent pas plainte. Les plaintes donnent lieu à des procédures longues, éprouvantes, et pas toujours récompensées. Ce n'est pas encourageant. Et surtout, si je prends encore mon exemple, je croise tellement de recruteurs qui sont dans l'illégalité que si je devais porter plainte à chaque fois, je ferais tourner un tribunal à moi seule. Cependant, j'ignore ce qu'il faudrait faire pour éradiquer ce genre de pratiques. Peut-être un enregistrement systématique obligatoire des entretiens, mais j'imagine que cela reviendrait cher.

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