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2013 : Le parcours du combattant du retour à l’emploi

Publie le 15 Juillet 2013 12:17

recherche d'emploi

Alors que le taux de chômage n’a jamais été aussi haut en France, la recherche d’emploi aujourd’hui est devenue un véritable parcours du combattant. Fragilisées par la crise économique qui frappe l’Europe, les entreprises sont devenues frileuses, et cela se ressent dans leurs politiques de recrutement : exigences revues à la hausse, recherche du mouton à cinq pattes et marge d’erreur interdite. Valérie, actuellement à la recherche d’un emploi dans le secteur de l’immobilier notamment, nous fait part de son témoignage et de ses difficultés dans un contexte ô combien compliqué. Retour sur ses trois derniers entretiens et ce qu’elle en a retiré.
 

A chaque entreprise son entretien

Les trois derniers entretiens de recrutement que j’ai en tête se sont plutôt bien déroulés puisque deux d’entre eux ont abouti à une offre. L’une en intérim dans l’immobilier, l’autre en CDD dans le secrétariat médical.
Ils se sont déroulés de manière très différente :

 

  • En immobilier, il a duré 15 minutes à peine, avec le directeur régional qui m’a posé assez peu de questions et qui m’a très vite proposé un jeu de rôle afin que je démontre mon aptitude à tenir ce poste d’hôtesse d’accueil.
  • Dans le secrétariat médical, il a duré une matinée, avec plusieurs tests à l’appui : sur Word, Excel, et tests d’orthographe et de classement, puis une entrevue avec la responsable des RH, puis avec le responsable du secrétariat, des entrevues très classiques avec quelques questions sur mon parcours et mes motivations.
  • Le troisième concernait un poste d’assistante de direction, dans l’immobilier d’entreprise : il a consisté en un entretien avec la gestionnaire de l’agence qui m’a demandé de présenter mon parcours et mes motivations à travailler comme assistante dans le secteur de l’immobilier, ainsi que ce que je pouvais offrir de particulier à l’entreprise.

 

Les règles en entretien d’embauche : beaucoup de subjectivité

Ensuite, si j’ai retiré une règle de ces entretiens, c’est justement qu’il n’y a pas de règles, hormis bien sûr celles qui exigent d’être vêtu correctement, de ne pas mâchouiller de chewing-gum, de ne pas bâiller en plein entretien, de préparer un minimum sa rencontre avec l’employeur, etc.
 

Chaque entretien est différent 

En dehors de cela, chaque entretien d'embauche est particulier car il s’agit d’une rencontre avec une personne particulière. A ce sujet, il y a certainement une chose qu’on dit et qui est vraie, c’est que tout se joue sur le subjectif et sur les premières minutes, voire secondes, de l’entretien. Les compétences n’ont clairement que peu d’importance : elles figurent de toute façon dans votre CV qui a déjà convaincu, logiquement, puisque vous avez décroché un entretien. D’ailleurs, mes entretiens d'emabcuhe n’ont que très peu donné lieu à des tests sur les compétences.
 

Les apparences : des jugements erronés

En revanche, les apparences sont importantes. Ce n'est pas qu'une question de tenue vestimentaire, de présentation générale ou d'attitude, c'est aussi la question de la personne en face, qui est là avec ses filtres : ses préjugés, ses croyances, ses convictions, ses projections et j'en passe. Pour vous juger, il utilisera ce qui est à sa portée : les apparences, et tout ce qu’il peut « happer » de vous de manière superficielle (un mot, une tonalité, un accent, un regard, une couleur de cravate, …). Tout ceci va passer par le prisme de ses filtres et il vous en rendra une version bien personnelle ! 

Il y a un principe qui serait bien utile dans le recrutement en général, et en entretien notamment, c’est le principe d’altérité qui, en gros, veut que l’on juge l’autre en face tel qu’il est et non pas tel qu’on pense qu’il est. Peu de gens sont capables de mettre de côté leurs préjugés ou leurs croyances, ce qui fait que vous n’êtes pas jugé tel que vous êtes mais tel que les apparences et ses propres filtres amènent le recruteur à croire que vous êtes. 

Je suis tombée une fois sur un DRH totalement convaincu que je regrettais mon métier de coach, exercé à mon compte il y a peu, et que je n’aspirais qu’à le retrouver ! J’ai eu beau lui dire clairement que « non », il n’y a eu rien à faire, il répondait « si, si » ! C’est insupportable. Ce type de réaction n’a rien à faire dans un entretien de recrutement. Cela n’est pas professionnel. 

Je suis parfaitement convaincue, malgré tous les bons conseils qu’on peut lire ou entendre au sujet de l’attitude, de la tenue vestimentaire ou du discours à tenir, qu’aucun candidat ne peut contrôler ça. Et ceci sans compter les préjugés partagés par beaucoup sur les jeunes, les moins jeunes, les femmes, etc.
 

Le recrutement aujourd’hui : manque de capacité d’analyse des recruteurs ?

La personnalité avant les compétences 

Il y a beaucoup à dire sur le recrutement. J’aurais tendance à dire que peu importe au fond la méthode ou l’outil. Ce qui compte, c’est la rencontre, c’est elle qui est décisive et, avant cela, c’est la personne qui manie l’outil car tout dépendra de la manière dont elle s’y prend. Beaucoup de CV sont écartés pour des raisons totalement arbitraires ou subjectives. Et que dire de l’usage de machines pour trier les candidatures !


Des recruteurs aveugles au potentiel 

Ce que je retire de mon expérience, c’est que ceux qui recrutent, cabinets ou employeurs, manquent singulièrement de capacité d’analyse, de recul, de ce principe d’altérité dont j’ai parlé plus haut. Cela les rend aveugles au potentiel, aux capacités, à toute la richesse qu’un candidat « atypique » (ou pas d’ailleurs) peut apporter à une entreprise. Il faut de l’ « opérationnel tout de suite » (et si possible : pas cher !) : tout est fait à court terme, dans un cadre bien précis qu’on ne dépasse pas, pas d’anticipation, pas de projection sur le long terme, même si on vous pose la fameuse question « comment vous projetez-vous dans l’entreprise dans les 5 ans ? » ! Elle n’est là que pour voir ce que vous répondez et non pas parce qu’on a réellement envisagé votre évolution au sein d’une équipe.

C’est vrai que c’est compliqué, un recrutement, alors on tente au maximum de le rationaliser avec des tests psychotechniques, des mises en situation (qui ne seront jamais la situation réelle), des études graphologiques ou astrologiques (si tant est qu’on puisse dire que ces outils « rationalisent » !), des études psy de profils... Et on confie l’analyse du candidat à des outils dont on se demande s’ils sont toujours bien utiles ou efficaces. J’ai toujours passé mes tests avec un certain succès, que ce soit sur mon profil psychologique, mes compétences ou ma technicité, et pourtant, voyez-vous : je suis toujours au chômage ! Que peut-on en déduire ? Que les recruteurs ne font pas confiance à leurs propres tests ? Que la rencontre, évoquée plus haut, est encore plus décisive que les tests ?

 

Entrer  en contact avec les recruteurs : les limites du 2.0

Pour ma part, j'ai contacté les entreprises principalement par les offres d’emploi sur sites en tout genre, mais aussi en candidature spontanée, voire en rencontre directe. Je fréquente certains réseaux sociaux mais à mon sens les entreprises sont là pour faire leur pub, pas pour recruter. De toute manière, il n’y a qu’à consulter les chiffres pour comprendre que le réseau social n’est pas le principal pourvoyeur d’emplois ! En outre, j’ai constaté que les offres d’emplois, quand il y en a, sont majoritairement situées sur l’Ile-de-France.
 

Un marché de l’emploi extrêmement rigide en France

Il faut bien être conscient que le marché de l’emploi est extrêmement rigide. Les cabinets de recrutement passent leur temps, comme les candidats, à rassurer les employeurs. Ces candidats doivent fournir toutes sortes de garanties : qu’ils sont bien motivés, qu’ils ne vont pas quitter l’entreprise, qu’ils ont bien l’expérience demandée, qu’ils n’ont pas de problème familial qui pourraient perturber leur vie professionnelle, qu’ils connaissent bien le contexte professionnel et même géographique de l’entreprise, et même qu’ils sont prêts à quitter l’entreprise d’eux-mêmes s’ils ne donnaient pas satisfaction ! D’ailleurs certains candidats n’hésitent plus à poser leur lettre de démission sur le bureau d’embauche : c’est dire à quel point nous sommes tombés bien bas.

J’observe qu’on enferme les candidats dans un cadre bien délimité d’attentes à combler immédiatement et le moins cher possible.  L’expérience doit être suffisante pour être opérationnelle mais pas trop importante pour ne pas devenir un « coûteux senior », la mobilité est exigée mais il est très difficile à un candidat de trouver du travail ailleurs que dans sa région, on ne doit pas être ni trop jeune, ni trop vieux : à 40 ans, on est déjà un senior, sans compter bien d’autres exigences qui rigidifient énormément le marché puisque c’est loin d’être adapté à la situation.Tout cela fait que l’augmentation du chômage n’est guère étonnante.

 

Toujours plus d'expérience exigée

Il y a toujours des exceptions, liées à la fonction, au statut, au métier … mais pour ce qui me concerne, je vois qu’on ne recrute plus que ceux qui ont un an d’expérience minimum sur le métier bien précis, dans le secteur bien précis de l’entreprise, voire dans le secteur géographique bien précis de l’entreprise. Moi qui ai 20 ans d’expérience dans l’assistanat de direction, j’ai peu de chances d’être recrutée sur un poste d’assistante de gestion ou d’assistante commerciale, et peu importe si j’en ai les capacités. Et si je n’ai pas travaillé dans le bâtiment, dans l’environnement, dans l’administration ou dans la vente de vélos, ce n’est pas la peine de candidater sur un poste dans ces secteurs-là. J’ai un BTS Professions Immobilières mais je ne trouve pas de travail. Or, malgré la « crise », il y a des offres, mais je n’ai pas l’expérience ! Au final, cela réduit beaucoup mes chances de trouver un travail. Tout ceci va encore dans le sens du court terme et de l’immédiateté. On exige des candidats qu’ils s’investissent dans l’entreprise mais l’entreprise n’est pas prête à investir sur le candidat.
 

Conseils aux candidats : soignez votre cv, et ciblez vos recherches

Alors des conseils aux candidats ? D’abord, soignez votre CV car c’est votre passeport pour l’entretien. Ne postulez pas à n’importe quel emploi : ça ne sert à rien, à moins que vous n’ayez déjà occupé ce type de poste, puisque, même sur les emplois les moins qualifiés, on vous réclamera de l’expérience la plupart du temps. Focalisez-vous sur ce que vous savez faire et ce que vous aimez faire, pour garder votre motivation et vos chances de répondre à l’exigence d’être opérationnel immédiatement. Tentez malgré tout votre chance ailleurs que sur votre région, si vous le pouvez, parce qu’on ne sait jamais : il y a toujours des exceptions. Soyez patient, ne perdez pas courage, veillez à être bien entouré, et n’hésitez pas à aller démarcher directement les entreprises de votre coin, faites fonctionner votre réseau personnel : votre entourage familial et social, votre boulangère, votre médecin, … Et si vous le pouvez, adhérez à une association, un groupe : faites vous connaître. Et pensez aussi à faire des pauses : à couper le cordon avec votre recherche, à faire autre chose.

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